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  "Je ne vous jette pas la pierre, Pierre, mais j'étais à deux doigts de m'agacer."

Le Père Noël est une ordure

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Arts

Samedi 17 décembre 2005
.. l'histoire de deux amies de longue date qui prennent congé de leur routine quotidienne pour une longue virée en voiture. Le hic arrive dès le début : alors qu'elles s'arrêtent dans une boîte de bouseux où Thelma, décidément trop saoûle, ne sait se défendre face à un dragueur trop insistant, Louise intervient et cède aux provocations vulgaires du gars : elle le flingue. Dès lors, le spectateur est submergé par un film à la fois road-movie, western, policier, dramatique, comique, romantique, social. Et voui rien que ça !
Ce mélange se crée automatiquement grâce aux sautes d'humeur des personnages : l'une craque, on part dans le pathos, l'autre s'amuse, et hop, les codes s'inversent, et re-belote par-ci par-là.
Le film est par ailleurs une parfaite allégorie de vie, avec un rythme particulier et des stades transitoires, caractérisés par des haltes à l'hôtel, des rencontres, des luminosités, jusqu'à des métamorphoses physiques chez Thelma et Louise.

A noter que ce chef-d'oeuvre a servi de pivot dans l'histoire du cinéma contemporain puisqu'il est le premier à hisser des personnages féminins d'une banalité déconcertante (une pauvre serveuse d'un côté, une femme au foyer qui s'ennuie de l'autre) à un stade de véritables héroïnes. La critique de l'époque (1991) a mal reçu le film en la qualifiant d'oeuvre féministe, et rien d'autre. Ridley Scott démontre ici avec brio que l'on peut donner de l'intérêt à n'importe quel type de personnage, à partir de moment où on sait les accompagner d'un traitement d'image tactique. (Un bon film, disait John Ford, c'est filmer des personnages ordinaires dans une situation extraordinaire.)



Les médias sont complètement passés à côté des traitements visuels, sonores et thématiques. Allez savoir pourquoi.. pourtant, y'a plusieurs plans sur le désert, ca aurait dû faire tilt dans leur obsession pour la "Guerre de Le golfe" ;O)
Par Hélène
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Dimanche 7 mai 2006
Goldin.. Nan Goldin. Une photographe qui joue avec l'intimité et l'individualité de ses sujets, nous plaçant, nous spectateurs, au milieu de la scène. Intrus? Pas tant que ça, c'est juste qu'on aimerait pouvoir mettre du mouvement à l'image, connaître l'instant précédant tout comme le suivant, ou tout simplement pouvoir se confondre dans les pensées de ces curieux personnages, solitaires ou pas.
De tout façon, c'est la faute à Goldin et ses plans serrés, ses huis-clos sombres et bordéliques ! Même lorsque ses personnages flirtent dans le centre du cadre, on a l'impression de quelque chose qui flotte dans l'air, comme si les songes des protagonistes étaient sans lien avec l'événement présent. Comme un tourment latent... une bille de caoutchouc qui rebondit indéfiniment sur les parois du cadre de la photographie. Qui l'a lancée? Comment va-t-elle s'arrêter? Heurtera-t-elle un objet? Quelqu'un est-il censé la réceptionner?

Cookie at Tin Pan Alley, New York city, 1983

Cookie est ailleurs, nous laissant des morceaux d'elle qui lévitent. Ces bustes sont-ils des hommes et des femmes qu'elle a aimés? Ou alors sont-ils représentatifs de ce qu'elle aimerait être? En tout cas, le spectateur piétine presque gravemenent dans l'univers réflexif de Cookie perdue, dont toutes les couleurs se diluent dans son Whisky.
Par Hélène
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Jeudi 11 mai 2006



Mon frère et ma belle-soeur me filent les trois tomes de la bd lundi, m'en parlant comme quelque chose d'assez exceptionnel. Chose vérifiée dès la première lecture du premier.


Petite description : en 86, Didier Lefèvre, 29 ans, quitte la France pour l'Afghanistan, où il effectuera huit missions entre 1986 et 2002, en tant que membre de MSF (Médecins Sans Frontière). Son métier : photographe.

Les Bds sont réalisées par trois personnes. D'abord Didier Lefèvre, celui qui a vécu l'histoire, Emmanuel Guibert, assigné à l'écriture et aux dessins, puis Frédéric Lemercier (aucun lien, fils unique) qui se charge de la mise en page et en couleur.

A l'époque, l'Afghanistan est en conflit avec les Soviétiques qui ont envahi le territoire. Souvenez-vous du soutien américain qui contribue à la formation militaire et à l'armement de la résistance Afghane.

Didier Lefèvre est au milieu de tout ça. Le premier tome est le récit du début de sa permière mission. Explications des us et coutûmes, du contexte politique et social, éclaircissement du processus humanitaire et du voyage pédestre prévu (Pakistan vers Afghanistan), etc.. on assiste même à des cours de langue ! Bref, le commencement est plutôt décontracté, avec beaucoup d'humour (noir, surtout), ponctué de rencontres et d'anecdotes surprenantes.

La singularité de cette Bande-Dessinée tient au mélange du dessin à la photographie. Pourquoi ne pas avoir choisi uniquement un support photographique? Logiquement, parce que Didier Lefèvre n'avait pas son appareil à portée de mains à chaque occasion de montrer ou de raconter. Mais encore, y aurait-il une volonté de mettre à jour l'éternelle question "la réalité rejoint-elle la fiction?". Ou alors derrière chaque dessin se cache une pudeur de montrer l'insupportable -pourquoi dans ce cas, joindre un dvd au dernier tome de la série-?

Ce qui est sûr, c'est que ce regroupement de supports en un (dessin, photo, vidéo) montre encore que la représentation de la réalité à l'identique reste impossible. On rejoint la thèse que défend Aubenas un peu plus bas : l'accréditation passerait-elle par la "fictionnalisation"?

Tome II à suivre..
Par Hélène
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Mardi 16 mai 2006
Jusqu'à présent, il n'y avait rien eu de tragique sur le parcours du groupe MSF. Seulement de la fatigue, de la crasse, et de l'usure physique (la marche a duré un mois nuit et/ou jour). Tandis que celui-ci arrive à destination, on sent que les scènes difficiles approchent. Chacun vaque à son devoir et l'hôpital de fortune prend forme en quelques heures. Il ressemble à une cabane avec sur le devant un petit préau. A l'intérieur, les médicaments et le matériel, à l'extérieur, les consultations et les opérations chirurgicales. Premiers patients, premiers instants tragiques, surtout pour le photographe qui n'est pas habitué. Le tome II du "Photographe" traite de cette période longue de plusieurs semaines. A quel genre de patients les médecins ont-ils affaire? De quels maux souffrent-ils? A la grande surprise de Didier Lefèvre, les blessés de guerre ne sont pas les seuls.

On remarque que les médecins travaillent sans répit, parfois même ils ne dorment pas. Aussi, ils sont souvent appelés dans des villages car les blessés ne peuvent se mouvoir. On ressent énormément l'investissement du groupe ainsi que les rapports forts que les membres tissent avec la population environnante. Même s'ils ne peuvent rien faire face à des cas trop graves, ils ont l'entière reconnaissance de la famille et des proches. Ce sont d'ailleurs ces derniers qui leur permettent de se nourrir ; ils rénumèrent en quelque sorte leurs services par des fruits et du pain. Beaucoup de clichés (!) sautent à l'occasion. Comme l'asservissement de la femme par exemple. C'est parfois raconté avec beaucoup d'humour, comme quand Juliette (la chef de mission) raconte au photographe, en parlant d'un jeune couple afghan qu'elle voit régulièrement : C'est la femme qui a choisi l'homme. Tous les gars du village disputaient un grand bozkashi (ndlr littéralement "attrape-chèvre", une sorte de jeu viril qui se dispute à cheval, dont le but est de déposer la carcasse de l'animal dans un cercle). Les femmes regardaient depuis les toits des maisons. Elle a eu le coup de foudre pour lui. Elle s'est arrangée pour le lui faire savoir. A son tour, il s'est mis à la guetter quand elle allait à la rivière. Elle l'a franchement dragué. Je les ai connus peu après, quand ils étaient juste mariés. C'était un plaisir de partager leur maison parce qu'ils étaient très amoureux. Toute la journée, il l'embrassait dans le cou, il l'attrapait dans les coins, il la chatouillait pendant qu'elle faisait le pain... Ils rigolaient tout le temps. Et là, grosse surprise : je débarque quatre ans après et sur qui je tombe? Une deuxième épouse. De la part d'un couple aussi complice, aussi uni, ça m'a étonnée. Je lui ai demandé : "Comment ca se fait que ton mari ait pris une deuxième femme?" Tu sais ce qu'elle m'a répondu? Elle m'a répondu "C'est moi qui la lui ai trouvée. Tu comprends, mon mari est un homme riche, il reçoit beaucoup d'invités, il est absent longtemps en période de transhumance, j'avais vraiment besoin de quelqu'un d'autre." Rigolo non? Plus loin, Juliette ajoute : De toute façon, on en fait un symbole exagéré et idiot de ce chadri (ndlr ce fameux voile épais qui recouvre tout le corps, laissant juste une sorte de petit grillage au niveau des yeux) . Les vraies priorités, pour les femmes, c'est l'accès aux soins, à l'éducation, au travail et à la justice, pas les fringues.
On retient ainsi les longues discussions au sein du groupe, où l'expérience de chacun, sa force, son implication, sa fraternité, et sa sensibilité sont flagrants.

A la fin de la Bd numéro deux, le photographe apprend que la mission est prolongée, et dans le temps, et dans l'espace. Mais puisque sa solitude lui manque, et qu'il se sent inutile dans le groupe, il préfère prendre la route du retour, afin de découvrir plus sérieusement la terre afghane dont il est tombé si amoureux. On lui fournit une escorte et il part.
Par Hélène
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Mercredi 17 mai 2006

Nan an Brian in Bed, NYC, 1983

Cette fois-ci la photographe fait partie de l'image. Ca nous fait une première mise en abyme. Puis une seconde qui nous montre deux personnages en un : le compagnon de Nan adopte la même posture que le personnage sur l'affiche, et, comme lui, il fume. Ainsi, dans le cadre, on a à la fois de réunis le photographe, la photographie (l'objet), et le sujet (l'homme à la cigarette). Aussi, le contraste lumineux qui sépare Nan et Brian agit comme un recadrage malin, divisant la photo en deux.
On dit souvent que l'acte photographique a le don de figer son sujet dans le temps, et de lui donner ainsi pérennité. Ici, il révèle aussi qu'il a un pouvoir sur l'individualité. Chaque élément a son propre univers et semble totalement indépendant des autres. On se croirait être en présence de plein de petites photos.
Par Hélène
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Mercredi 24 mai 2006
Vous vous en doutez, le dernier volet de la bd est le récit du long et pénible retour de Didier Lefèvre au Pakistan. Lui qui s'attendait à une partie d'intense plaisir, il est confronté au pire. D'abord, son escorte l'abandonne, puis, alors qu'il est seul dans l'ascension d'une montagne enneigée, son cheval meurt, une autre escorte encore le rackette, un flic véreux le séquestre, etc.. bref, un calvaire ! Par conséquent, et puisque le photographe ne parle pas un mot d'arabe, la bd adopte les traits du monologue, et prend des airs de journal intime, nous livrant conscience et états d'âme du jeune homme. Au final, un dur traumatisme pour lui, dans lequel on est plongé du début jusqu'à la fin, et où, parfois, on a honte de ressentir dégoût et faiblesse rien qu'en étant face aux images. Ces personnes ont vécu tout ça au centre, et voyez-vous, le "pire" c'est qu'ils font de l'humanitaire.

Dans les commentaires et les remerciements de fin, il est raconté que ce projet artistique est un moyen de rendre compte avec précision de cette expérience et de cette galère. En effet, jusqu'alors, Didier Lefèvre ne l'avait évoqué que sans réelle justesse, et ce fut une véritable surprise pour tous ses proches de découvrir une telle histoire.

Bref, pas vraiment envie d'en dire plus, ca vous gâcherait tout le plaisir si vous décidez de parcourir la bd !

Reste à voir ce fameux dvd, les images de Juliette, la chef de mission.
Par Hélène
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Jeudi 8 juin 2006



















Me suis décidée à regarder cette fameuse vidéo jointe à la trilogie du
Photographe. Mes impressions? C'était dur de garder les yeux ouverts à certains moments, tant les scènes sont dégueulasses, et visuellement, et moralement.

"A ciel ouvert" se présente comme un journal filmé, qui, tout comme la bd, rappelle au spectateur le contexte politique dès son générique de début. Les parties qui constituent la vidéo sont aussi les mêmes : préparation du voyage (d'un point de vue médical cette fois-ci), départ, percée de la frontière, ascension des cols ROCHEUX, installation de l'hôpital, puis enfin prise en charge des patients.
A la différence de Didier Lefèvre, la chef de mission (principale réalisatrice du film) sait à l'avance ce qu'elle va vivre pendant plusieurs mois, de par son expérience passée sur le même terrain. Elle peut ainsi annoncer la couleur au spectateur. Elle nous informe en voix-off que la mission, c'est cent-cinquante hommes (paysans et moudjahidin) et cent-vingt chevaux, pour quatre tonnes de matériel médical (dont une majorité de médicaments), qui ravitailleront deux hôpitaux pendant un an. Quatre tonnes de paquetages à acheminer en zone montagneuse, ce n'est pas rien, surtout en situation de guerre. Le compteur pourrait calmer la done, il n'en est rien, il affiche mille kilomètres à parcourir.

Premier choc, le traitement des chevaux. Si le photographe en parlait déjà beaucoup, Juliette a l'air d'en être complètement obsédée. Pendant le voyage, des très longs plans sur eux, épuisés et affamés, mais sévèrement battus afin qu'ils continuent d'avancer. Certains tombent dans les torrents, dégringolent des falaises, d'autres s'écroulent car trop blessés ou trop fatigués. Dans tous les cas, ils sont débarrassés de leur chargements, puis sont abandonnés, agonisants, l'oeil fixe et exorbité.
Les scènes difficiles qui suivent, ce sont celles du traitement des patients. Les plaies sont graves et sanguinaires, les conditions d'intervention peu hygiéniques, et les blessés attachants. L'équipe médicale répare et fait des miracles, mais se voit aussi parfois impuissante face au rodage et aux persécutions de la mort.

En parallèle, on nous montre la débrouille rurale en temps de guerre. Coupés du monde, les paysans et les artisans (dont la plupart évidemment sont des femmes) continuent à cultiver les champs, font du pain, confectionnent des vêtements,.. de futurs infirmiers sont formés pour prendre la relève de l'équipe humanitaire, l'enseignement et l'éducation des enfants perdurent, s'appuyant sur la religion et le militantisme guerrier.
C'est dans ce fouillis que Juliette se retire et marque la fin de son film, s'interrogeant sur ce que sont devenus ces enfants aujourd'hui, vingt plus tard.

"A ciel ouvert", c'est le même récit du "Photographe", en images, en sons et en couleurs, mais c'est surtout le point de vue d'une jeune femme occidentale dans un environnement mâle et musulman, qui est incroyablement respectée et écoutée.

 
Par Hélène
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Samedi 9 décembre 2006

J'voudrais pas crever

Avant d'avoir connu

Les chiens noirs du Mexique

Qui dorment sans rêver

Les singes à cul nu

Dévoreurs de tropiques

Les araignées d'argent

Au nid truffé de bulles

Je voudrais pas crever

Sans savoir si la lune

Sous son faux air de thune

A un côté pointu

Si le soleil est froid

Si les quatre saisons

Ne sont vraiment que quatre

Sans avoir essayé

De porter une robe

Sur les grands boulevards

Sans avoir regardé

Dans un regard d'égoût

Sans avoir mis mon zobe

Dans des coinstots bizarres

Je voudrais pas finir

Sans connaître la lèpre

Ou les sept maladies

Que l'on attrape là-bas

Le bon ni le mauvais

Ne me feraient de peine

Si si si je savais

Que j'en aurais l'étrenne

Et il y a z'aussi

Tout ce que je connais

Tout ce que j'apprécie

Que je sais qui me plaît

Le fond vert de la mer

Où valsent les brins d'algue

Sur le sable ondulé

L'herbe grillée de juin

La terre qui craquelle

L'odeur des conifères

Et les baisers de celle

Que ceci que cela

La belle que voilà

Mon ourson, l'Ursula

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir usé

Sa bouche avec ma bouche

Son corps avec mes mains

Le reste avec mes yeux

J'en dis pas plus faut bien

Rester révérencieux

Je voudrais pas mourir

Sans qu'on ait inventé

Les roses éternelles

La journée de deux heures

La mer à la montagne

La montagne à la mer

La fin de la douleur

Les journaux en couleur

Tous les enfants contents

Et tant de trucs encore

Qui dorment dans les crânes

Des géniaux ingénieurs

Des jardiniers joviaux

Des soucieux socialistes

Des urbains urbanistes

Et des pensifs penseurs

Tant de choses à voir

A voir et à z-entendre

Tant de temps à attendre

A chercher dans le noir

 

Et moi, je vois la fin

Qui grouille et qui s'amène

Avec sa gueule moche

Et qui m'ouvre ses bras

De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever

Non monsieur, non Madame

Avant d'avoir tâté

Le goût qui me tourmente

Le goût qui est le plus fort

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir goûté

La saveur de la mort..

 

 

 

Par Hélène
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Lundi 23 juillet 2007


















Mer du Nord, 2001
Photo : Hélène Domergue



"Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague

Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues
Et de vagues rochers que les marées dépassent
Et qui ont à jamais le coeur à marée basse
Avec infiniment de brumes à venir
Avec le vent d'ouest écoutez-le tenir
Le plat pays qui est le mien

Avec des cathédrales pour uniques montagnes
Et de noirs clochers comme mâts de cocagne
Où des diables en pierre décrochent les nuages
Avec le fil des jours pour unique voyage
Et des chemins de pluie pour unique bonsoir
Avec le vent de l'est écoutez-le vouloir
Le plat pays qui est le mien

Avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu
Avec un ciel si bas qu'il fait l'humilité
Avec un ciel si gris qu'un canal s'est pendu
Avec un ciel si gris qu'il faut lui pardonner
Avec le vent du nord qui vient s'écarteler
Avec le vent du nord écoutez-le craquer
Le plat pays qui est le mien

Avec de l'Italie qui descendrait l'Escaut
Avec Frida la Blonde quand elle devient Margot
Quand les fils de novembre nous reviennent en mai
Quand la plaine est fumante et tremble sous juillet
Quand le vent est au rire quand le vent est au blé
Quand le vent est au sud écoutez-le chanter
Le plat pays qui est le mien"

Pour écouter

Par Hélène
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Vendredi 18 janvier 2008

DE GUICHE, qui est descendu de la Scène, avec les marquis Mais à la fin il nous ennuie !

LE VICOMTE DE VALVERT, haussant les épaules Il fanfaronne !
DE GUICHE Personne ne va donc lui répondre?...
LE VICOMTE Personne? Attendez ! Je vais lui lancer un de ces traits !... Il s'avance vers Cyrano qui l'observe, et se campant devant lui d'un air fat. Vous.... vous avez un nez... heu... un nez... très grand.
CYRANO, gravement Très.
LE VICOMTE, riant Ha !
CYRANO, imperturbable C'est tout?...
LE VICOMTE Mais...  

CYRANO
Ah! non! c'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... Oh! Dieu!... bien des choses en somme...
En variant le ton, -par exemple, tenez
Agressif : "Moi, monsieur, si j'avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champs que je me l'amputasse !"
Amical : "Mais il doit tremper dans votre tasse
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap !"
Descriptif : "C'est un roc !... c'est un pic !... c'est un cap !
Que dis-je, c'est un cap?... C'est une péninsule !"
Curieux : "De quoi sert cette oblongue capsule?
D'écritoire, monsieur, ou de boîtes à ciseaux?"
Gracieux : "Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes?"
Truculent : "Ca, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée?"
Prévenant : "Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol!"
Tendre : "Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane !"
Pédant : "L'animal seul, monsieur, qu'Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os !"
Cavalier : "Quoi, l'ami, ce croc est à la mode?
Pour pendre son chapeau, c'est vraiment très commode !"
Emphatique : "Aucun vent ne peut, nez magistral,
T'enrhumer tout entier, excepté le mistral !"
Dramatique : "C'est la Mer Rouge quand il saigne !"
Admiratif : "Pour un parfumeur, quelle enseigne !"
Lyrique : "Est-ce une conque, êtes-vous un triton?"
Naïf : "Ce monument, quand le visite-t-on?"
Respectueux : "Souffrez, monsieur, qu'on vous salue,
C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue !"
Campagnard : "Hé, ardé ! C'est-y un nez? Nanain !
C'est queuqu'navet géant ou ben queuqu'melon nain !"
Militaire : "Pointez contre cavalerie !"
Pratique : "Voulez-vous le mettre en loterie?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot !"
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot
"Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l'harmonie! Il en rougit, le traître !"

- Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit
Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n'avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries, me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n'en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d'une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.


DE GUICHE, voulant emmener le vicomte pétrifié Valvert, laissez donc !
LE VICOMTE, suffoqué Ces grands airs arrogants! Un hobereau qui... qui... n'a même pas de gants ! Et qui sort sans rubans, sans bouffettes, sans ganses!
(...)
CYRANO Je n'ai pas de gants?... La belle affaire!
Il m'en restait un seul d'une très vieille paire!
Lequel m'était d'ailleurs encor fort importun
Je l'ai laissé dans la figure de quelqu'un.

LE VICOMTE Maraud, faquin, butor de pied plat ridicule.
CYRANO, ôtant son chapeau et saluant comme si le vicomte venait de se présenter Ah?... Et moi, Cyrano-Savinien-Hercule De Bergerac. Rires.
LE VICOMTE, exaspéré Bouffon !
CYRANO, poussant un cri comme lorsqu'on est saisi d'une crampe Ay !...
LE VICOMTE, qui remontait, se retournant Qu'est-ce encor qu'il dit?
CYRANO, avec des grimaces de douleur Il faut la remuer car elle s'engourdit...
- Ce que c'est que de la laisser inoccupée ! Ay !...

LE VICOMTE Qu'avez-vous?
CYRANO J'ai des fourmis dans mon épée !
LE VICOMTE, tirant la sienne Soit !
CYRANO Je vais vous donnez un petit coup charmant.
LE VICOMTE, méprisant Poète !...
CYRANO Oui, monsieur, poète ! et tellement,
Qu'en ferraillant je vais- hop ! - à l'improvisade,
Vous composez une ballade.

LE VICOMTE Une ballade?
CYRANO Vous ne vous doutez pas de ce que c'est, je crois?
LE VICOMTE Mais...
CYRANO, récitant comme une leçon La ballade, donc, se compose de trois Couplets de huit vers...
LE VICOMTE, piétinant Oh !
CYRANO, continuant Et d'un envoi de quatre...
LE VICOMTE Vous...
CYRANO Je vais tout ensemble en faire une et me battre,
Et vous touchez, monsieur, au dernier vers.

LE VICOMTE Non !
CYRANO Non? Déclamant "Ballade du duel qu'en l'hôtel bourguignon Monsieur de Bergerac eut avec un bélître!"
LE VICOMTE Qu'est-ce que ça, s'il vous plaît?
CYRANO C'est le titre.

Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand (Acte I, scène 4)

Cyrano.jpg
Par Hélène
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