Jusqu'à présent, il n'y avait rien eu de tragique sur le parcours du groupe MSF. Seulement de la fatigue, de la crasse, et de l'usure physique (la marche a duré un mois nuit et/ou jour). Tandis que celui-ci arrive à destination, on sent que les scènes difficiles approchent. Chacun vaque à son devoir et l'hôpital de fortune prend forme en quelques heures. Il ressemble à une cabane avec sur le devant un petit préau. A l'intérieur, les médicaments et le matériel, à l'extérieur, les consultations et les opérations chirurgicales. Premiers patients, premiers instants tragiques, surtout pour le photographe qui n'est pas habitué. Le tome II du "Photographe" traite de cette période longue de plusieurs semaines. A quel genre de patients les médecins ont-ils affaire? De quels maux souffrent-ils? A la grande surprise de Didier Lefèvre, les blessés de guerre ne sont pas les seuls.
On remarque que les médecins travaillent sans répit, parfois même ils ne dorment pas. Aussi, ils sont souvent appelés dans des villages car les blessés ne peuvent se mouvoir. On ressent énormément l'investissement du groupe ainsi que les rapports forts que les membres tissent avec la population environnante. Même s'ils ne peuvent rien faire face à des cas trop graves, ils ont l'entière reconnaissance de la famille et des proches. Ce sont d'ailleurs ces derniers qui leur permettent de se nourrir ; ils rénumèrent en quelque sorte leurs services par des fruits et du pain. Beaucoup de clichés (!) sautent à l'occasion. Comme l'asservissement de la femme par exemple. C'est parfois raconté avec beaucoup d'humour, comme quand Juliette (la chef de mission) raconte au photographe, en parlant d'un jeune couple afghan qu'elle voit régulièrement : C'est la femme qui a choisi l'homme. Tous les gars du village disputaient un grand bozkashi (ndlr littéralement "attrape-chèvre", une sorte de jeu viril qui se dispute à cheval, dont le but est de déposer la carcasse de l'animal dans un cercle). Les femmes regardaient depuis les toits des maisons. Elle a eu le coup de foudre pour lui. Elle s'est arrangée pour le lui faire savoir. A son tour, il s'est mis à la guetter quand elle allait à la rivière. Elle l'a franchement dragué. Je les ai connus peu après, quand ils étaient juste mariés. C'était un plaisir de partager leur maison parce qu'ils étaient très amoureux. Toute la journée, il l'embrassait dans le cou, il l'attrapait dans les coins, il la chatouillait pendant qu'elle faisait le pain... Ils rigolaient tout le temps. Et là, grosse surprise : je débarque quatre ans après et sur qui je tombe? Une deuxième épouse. De la part d'un couple aussi complice, aussi uni, ça m'a étonnée. Je lui ai demandé : "Comment ca se fait que ton mari ait pris une deuxième femme?" Tu sais ce qu'elle m'a répondu? Elle m'a répondu "C'est moi qui la lui ai trouvée. Tu comprends, mon mari est un homme riche, il reçoit beaucoup d'invités, il est absent longtemps en période de transhumance, j'avais vraiment besoin de quelqu'un d'autre." Rigolo non? Plus loin, Juliette ajoute : De toute façon, on en fait un symbole exagéré et idiot de ce chadri (ndlr ce fameux voile épais qui recouvre tout le corps, laissant juste une sorte de petit grillage au niveau des yeux) . Les vraies priorités, pour les femmes, c'est l'accès aux soins, à l'éducation, au travail et à la justice, pas les fringues.
On retient ainsi les longues discussions au sein du groupe, où l'expérience de chacun, sa force, son implication, sa fraternité, et sa sensibilité sont flagrants.
A la fin de la Bd numéro deux, le photographe apprend que la mission est prolongée, et dans le temps, et dans l'espace. Mais puisque sa solitude lui manque, et qu'il se sent inutile dans le groupe, il préfère prendre la route du retour, afin de découvrir plus sérieusement la terre afghane dont il est tombé si amoureux. On lui fournit une escorte et il part.
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